La révélation et la Bible

Publié le 3 Juin 2012

Métaphysique chrétienne

Une révélation, sous-entendue de Dieu à un homme, est ce que Dieu fait comprendre de sa propre initiative et que l'homme reçoit par son entendement [1]. Par le fait même qu'il révèle, qu'il entre en relation, Dieu se montre bien plus qu'une “idée intemporelle”, bien plus qu'une idée accessible à ceux qui pensent “Dieu” par la raison seule et qui ne peut aller au-delà de l'idée.

Par révélation, écrivons “Révélation”, on entend aussi la communication singulière que Dieu fit progressivement au cours de l'histoire de l'humanité. Dans cette Révélation, Dieu s'est fait connaître et a fait connaître ses projets. Et pour faire connaître le contenu de cette Révélation, Dieu a choisi des hommes pour qu'ils soient porte-parole de ce qu'il voulait révéler, donnant à chacun d'eux une ou des révélations à faire connaître.
Le contenu de cette Révélation a été entendue par diverses personnes et refusée par d'autres. Les accueils et les refus de cette Révélation et cette Révélation elle-même se sont inscrits dans une mémoire collective. Les tenants de cette mémoire collective ont enrichi celle-ci de leurs réflexions propres, ont emprunté à d'autres mémoires pour y exprimer leur foi et leurs croyances. La Bible est finalement une “cristallisation”, en un ouvrage écrit, de cette mémoire collective enrichie. Bible et Révélation sont donc liées, mais ne se confondent pas. Si Dieu peut nous révéler directement quelque chose par l'intermédiaire de la Bible, il faut cependant travailler cette Bible pour bien découvrir et bien comprendre, à travers ce livre, ce qui est ou peut être de l'ordre de la Révélation [1].
Sur le plan du contenu et pour faire très simple, dans la Bible juive [2] (qui constitue la première partie de la Bible chrétienne), la cristallisation de cette mémoire collective enrichie fut arrêtée à l'attente d'un Messie (d'un Christ, d'une personne consacrée par Dieu pour le service de son peuple) capable de manifester pleinement la justice de Dieu à tous les hommes, tandis que dans la Bible chrétienne, la cristallisation de cette mémoire collective enrichie fut arrêtée à la personne qu'elle présente comme le Messie attendu : Jésus de Nazareth. Ce Messie y est présenté comme révélant pleinement Dieu, car Fils de Dieu [cf. Trinité et incarnation]. Il est celui qui révèle, qui est Parole de Dieu, “Verbe fait chair” venu s'établir chez nous (cf. Jn 1,14 ; 17,8). Considérant cela, on peut donc affirmer que la Révélation culmine en Jésus-Christ, le “Révélateur” de Dieu et de son ultime dessein, celui de nous faire vivre pleinement de son amour. [3]

La Bible et son “statut”
Livre saint (totalement ajusté à la volonté de Dieu) ? Inspiré (non pas écrit sous la dictée de Dieu mais où le contenu, propre au style d'expression et à la pensée de chacun de ses auteurs, correspondrait à ce que Dieu voulait révéler, faire connaître) ? Infaillible ? Normative pour l'existence, l'éthique, la croyance, la vie en Église, etc. ? Où toute chose devrait être examinée, réglée et reformée d'après ce livre ? Avec telle ou telle de ces conceptions ou une autre, n'est-ce pas, ou du moins n'y a-t-il pas risque d'une forme de “biblâtrie” [cf. idolâtrie] ?
Tout d'abord, on peut considérer que seul Jésus-Christ est Parole de Dieu puisque Verbe fait chair (cf. Jn 1,14 ; cf. incarnation et vérité), que lui seul est nécessaire au salut des péchés ainsi qu'à l'édification de l'Église, même si la Bible peut être utile pour découvrir qui est Jésus-Christ, ce qu'est le salut, etc. Ensuite, le rapport entre Révélation, mémoire collective et Bible donné plus haut montre que celle-ci n'est pas un livre “tombé du Ciel” et qu'elle est insérée dans un contexte humain avec ses richesses et ses errements. De plus, dans l'histoire des connaissances, elle n'est pas exhaustive [cf. vérité] et donc n'apporte pas des réponses à toutes les questions. Si en tant que chrétien on peut cependant considérer que l'Esprit de Dieu a soufflé sur cette œuvre qu'est la Bible, peut-on pour autant dire dans quelle mesure elle a été voulue par Dieu, concernant la Bible elle-même, le nombre de textes [4] qu'elle contient, le contenu de chacun d'eux ? dans quelle mesure ses rédacteurs et ses “collecteurs” [5] ont été ou non ajustés à la volonté de Dieu ? Avec cette dernière question, ne peut-on pas se demander aussi – pas forcément pour y apporter une réponse mais pour avoir cela à l'esprit pendant une lecture ou une écoute de la Bible – dans quelle mesure le péché qui a atteint le langage, notre manière de nous exprimer, et qui a atteint notre manière d'appréhender nos relations au monde, à nous-même, aux autres, à Dieu, se retrouve dans la Bible ?
Quoi qu'il en soit, on peut être chrétien, ne pas se soucier d'un statut de la Bible, et lire son contenu avec recul, en ayant foi en Dieu. De plus, une chose est de se servir de la Bible comme d’un justificatif (cf. Mt 4,5-7), voire d’un paravent, autre chose est de l’accueillir comme lieu de réflexion ou de dialogue. Comme tout ce qui est relatif aux relations, la Bible demande une confiance sans naïveté, c’est-à-dire avec discernement. Or pour discerner ce qui est vérité, l’intelligence est nécessaire, sans oublier non plus la charité (attitude constituée d'affection et de respect pour ce qui est humain), pour qu’il y ait intelligence du cœur.

Notes
[1] On peut facilement comprendre, vu la capacité de l'être humain à se tromper et à tromper, qu'un discernement est nécessaire pour savoir si quelque chose vient effectivement ou non de Dieu. On se contentera ici de reprendre ces phrases de l'évangile selon Matthieu : « Un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits, ni un arbre malade de bons fruits. […] C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » (Mt 7,18.20) ; et d'indiquer que, pour un chrétien, une révélation ne devrait en aucun cas s'opposer à la Révélation telle que décrite ci-dessus, sinon cela signifierait que Dieu mentirait à telle ou telle. Enfin, n'oublions pas que nombre de personnes ont utilisé ou utilisent le nom de Dieu pour cautionner, volontairement ou non, telle pensée ou telle action. Que ce soit au regard de l'inattendu qui peut venir de Dieu ou au regard de la Bible, on ne peut donc sans risque faire abstraction d'un travail de raison, discernement ne signifiant pas inaction ou manque d'audace.
[2] Appelée dans les évangiles : « l'Écriture » (cf. par ex. Jn 2,22) ou « les Écritures » (cf. par ex. Mt 21,42).
[3] Même si le contenu de la Bible est singulier par rapport à d'autres livres ou à d'autres lieux de langage qu'un livre, Jésus-Christ peut nous révéler bien des choses en dehors de cet intermédiaire qu'est la Bible, jusqu'à un banal feu de signalisation qui a été pour telle personne un signe dans son chemin de vie et de foi et donc qui d'une certaine manière a été pour un bref instant “parole de Dieu”.
[4] Le mot “bible” vient du grec, d’un nom au pluriel, biblia, signifiant “les livres”, nom devenu singulier en passant par le latin. La Bible est en effet un recueil de divers livres. La liste des livres que la Bible contient a été longuement discutée et l’est toujours. Pour résumer, on trouve une liste “protestante”, une liste “catholique” et “orthodoxe” plus longue que la “protestante” (avec pour les orthodoxes une liste de textes “importants” variant d'une région linguistique à une autre, en plus de la liste de textes considérés comme “essentiels”). Cependant, on peut considérer que si on lit n’importe quel texte de la Bible avec discernement, intelligence, cette question des listes n’a finalement peut être rien d’essentiel (sans oublier que nous pouvons aussi être sujet à erreur dans notre discernement).
Si la Bible constitue un ensemble de divers contenus, il existe un certains nombre d'ouvrages dont le contenu s'apparente plus ou moins à ceux de la Bible et qui n'y ont pas été intégrés (par telle Église ou par toutes). Parmi ces ouvrages, on peut citer les écrits dits “inter-testamentaires” (ouvrages qui furent écrits dans une période qui commença avant la fin de l’ère de rédaction des textes de la Bible juive ou première partie de la Bible chrétienne, appelée aussi “Ancien Testament”, et qui s’acheva après le début de l’ère de rédaction de la seconde partie de la Bible chrétienne, appelée aussi “Nouveau Testament”), les écrits dits “apocryphes chrétiens” (apocryphes, “cachés”, car ne faisant pas partie des textes retenus, et “chrétiens” généralement en apparence, car comportant plus ou moins la mention d'un Jésus-Christ utilisé comme personnage), certaines des premières “lettres pastorales” (textes attribués à tort ou à raison à des personnes ayant eu une importance dans les premières communautés chrétiennes), etc. Il est parfois dit beaucoup de choses d'eux (surtout des apocryphes), souvent pour remettre en question telle ou telle croyance chrétienne. Toute personne voulant se faire sa propre opinion peut y avoir accès (par achat, dans certaine bibliothèque…) et avoir accès également, par les notes et les introductions généralement jointes à ces ouvrages (de même pour les Bibles, en général), à une bonne part des recherches tant littéraires qu'historiques sur ces textes, au risque peut-être d'être déçu par l'écart entre certaines affirmations entendues ici ou là et la réalité de certains contenus et de leur contexte.
[5] Ceux qui ont réuni les textes pour en faire un seul ouvrage (textes qui ont été parfois, d'après l'analyse littéraire, non pas mis les uns à la suite des autres mais tissés entre eux).

 

Rédigé par Denis Gaultier

Publié dans #Croyances chrétiennes

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